vendredi 5 mars 2010

LE DISSIDENT CHINOIS - Nell Freundenberger

Yuan Zhao, un artiste peintre chinois, se prépare à aller passer une année à Los Angeles, dans le cadre d'un échange culturel. Il y sera accueilli par une famille américaine, les Travers et enseignera l'art dans une école de jeunes filles.

Il est incité au départ par X, son cousin, lui-même artiste, qui évolue dans l'underground d'East Village, un lieu très branché de Pékin, où se retrouvent des personnages en quête de sens.

Ce roman fait alterner le récit de Yuan Zhao, avec celui de Cecilia Travers, son hôtesse. Je lisais dans une critique que le dissident observe les mœurs américaines un peu à la manière de Montesquieu dans "Les Lettres Persanes". Je préfère Montesquieu !
Nell Freundenberger ne met pas l'accent (ou peu) sur la confrontation entre les deux civilisations ; j'ai eu le sentiment de lire deux romans dans un : celui de la vie de la famille Travers, une famille américaine un peu caricaturée (c'est pas Dallas, quand même !) où flottent les non-dits, les petites mesquineries, les relations ambiguës. 
Et celui de ce "peut-être artiste", que j'ai trouvé inconsistant, et - ce qui est le comble pour un peintre - inexpressif !
L'auteur fait dire au dissident : « une part de nous-même ne demande qu’à être démasquée »... 
Il vaut mieux de le masque ne tombe pas ! Derrière lui, le risque est grand de rencontrer un imposteur !

La lecture de ce roman m'a été fastidieuse ; pas vraiment désagréable, non ! seulement un peu lassante ! Je n'en garderai pas un souvenir impérissable.

C'est grâce à BOB et aux Éditions du Quai Voltaire que j'ai lu ce livre. Je les en remercie (même si mon commentaire est grandement mitigé, j'apprécie la découverte de nouveaux textes !)

jeudi 4 mars 2010

LES HISTOIRES DU PETIT POUCET RACONTÉES DANS LE MONDE - Fabienne Morel et Gilles Bizouerne

En Pologne, ce sont des enfants Tziganes, qu'une horrible marâtre va contraindre son nouveau mari à perdre dans une forêt.

En Suède, ce sont deux enfants qui se perdent au cœur de la forêt, alors qu'ils sont allés couper des aiguilles de sapin.

Au Canada, c'est Rose-des-Bois, "une jeunette", qui va être conduite avec ses deux sœurs loin du pauvre domicile familial.

En Corse, ce sont deux petits qui devront survivre aux sales intentions du "Magu".

En Amérique du Nord, c'est Jack et son jeune frère, bien trop goulus, que les parents vont éloigner de la maison, et qui devront affronter un mangeur d'hommes.

Et, en France, c'est notre petit Poucet national, dont vous connaissez certainement l'aventure...

Cet album m'a été offert par SOUKEE, à l'occasion du merveilleux SwapÔcontes organisé par EMMYNE.

Tous ces contes déclinent, avec leurs particularités culturelles, des histoires d'enfants que les parents ne peuvent assumer faute d'argent. On reconnaît, dans chacun d'entre eux, certaines constantes : la pauvreté, la disparition de la mère, l'arrivée d'une belle-mère qui mène son homme par le bout du nez, la rupture du lien qui unit les enfants à leurs parents... On retrouve aussi les traits d'ingéniosité des petits qui sont amenés à se débrouiller pour assurer leur survie. On repère la présence du personnage fantastique qui va soit aider les enfants, soit contrecarrer leurs entreprises : un dragon, en Pologne ; un ogre, en Suède ; une fée généreuse au Canada ; un corbeau et un "magu" (magicien maléfique) en Corse ; un cannibale en Amérique du Nord ; et l'ogre célèbre aux bottes de sept lieues en France.

L'image de la mère ou de la marâtre y est souvent caricaturale : ce sont des viragos, ces femmes qui peuplent les contes ! Les pères, eux, sont dépeints comme aimants mais soumis à l'autorité malfaisante de leurs compagnes. Mais les situations se renversent lorsqu'il s'agit d'aider les enfants : on rencontre souvent des femmes qui les prennent sous leurs ailes pour les protéger des griffes de leurs monstres de maris.

Je citerai Bruno Bettelheim : « Tout conte de fées est un miroir magique qui reflète certains aspects de notre univers intérieur et des démarches qu'exige notre passage de l'immaturité à la maturité. Pour ceux qui se plongent dans ce que le conte de fées a à communiquer, il devient un lac paisible qui semble d'abord refléter notre image ; mais derrière cette image, nous découvrons bientôt le tumulte intérieur de notre esprit, sa profondeur et la manière de nous mettre en paix avec lui et le monde extérieur, ce qui nous récompense de nos efforts. »
Sous leurs airs anodins, les contes parlent aux enfants (et aux grandes personnes) des tumultes de leur inconscient psychique. 
Ce magnifique album donne à voir que dans chaque pays du monde, il fut des conteurs qui, sous forme d’images symboliques, ont traduit les problèmes auxquels nous sommes confrontés dès l’enfance, et qui touchent à la fois aux relations dans la famille (rivalité fraternelle, inceste…) et aux problèmes personnels (renoncement aux dépendances de l’enfance, affirmation de la personnalité, prise de conscience de ses propres valeurs).

À quel fantasmagorique voyage SOUKEE m'a ainsi conviée en m'offrant ce livre ! Je la remercie vivement ! Elle m'a imaginée en train d'en faire la lecture à mes petits-enfants. J'ai hâte d'être à Pâques pour partager ces moments magiques avec l'aîné d'entre eux : Mathis.
 

J'inscris cet album au challenge de HÉRISSON08 (Sophie pour les intimes)

mercredi 3 mars 2010

PAPIERS BAVARDS : BOARDING PASS POUR MES LIVRES...

Enchantée d'avoir pu faire la connaissance de Bastos grâce à Pascale (de Mot à Mot), je me suis dit que je pourrais, moi aussi, partager mes livres et les faire voyager.

Je viens de créer un blog tout exprès, qui permettra

1. de gérer les billets d'embarquement des livres prêts au départ.

2. de gérer leurs voyages au gré de leurs itinéraires.

3. de réunir sous un même titre les chroniques de chacun(e) de leurs hôtes.

Je vous convie donc à vous rendre sur le blog "LES LIVRES VOYAGEURS DE TINUSIA" et de faire connaissance avec vos - peut-être - futurs invités.

À cette heure, ils sont huit en salle d'embarquement, mais d'autres voyageurs viendront très rapidement les rejoindre.

Je leur souhaite bon vol et, à vous, d'agréables moments à passer en leur compagnie.

lundi 1 mars 2010

SWAPÔCONTES : LES PRÉSENTS DE SOUKEE


Une fée, ce matin,
Est venue me trouver,
D'un écureuil coquin
Était accompagnée...

Je ne vais pas me lancer ce matin dans la poésie, mais le swap de SOUKEE est tellement délicat et chaleureux que je me sens pousser des rimes !

Avant d'en dévoiler le contenu, je vais aussi remercier EMMYNE pour l'initiative qu'elle a prise en organisant ce "SWAPÔCONTES" : le plaisir de recevoir n'a d'égal que celui d'offrir.
Voici de quelle belle manière Soukee a accompagné ses cadeaux :

Je la rassure tout de suite ! je suis "enchantée" ! Normal ! puisque nous sommes en plein conte de fées !

Je n'avais le droit d'ouvrir cette carte qu'après avoir déballé tous les paquets. Admirez !










 

Les caramels... hum !!! j'ai du me battre avec Zabou (^_^)



Et comme je connais l'attachement de Soukee pour le rose, voici la petite présentation que j'ai faite pour mettre en valeur ses cadeaux.



Mille mercis, Soukee ! Je me suis déjà plongée avec délice dans la lecture des HISTOIRES DU PETIT POUCET RACONTÉES DANS LE MONDE...
Figure-toi que tu as failli recevoir le même album... j'ai longuement hésité avant de reporter mon choix sur le "petit buveur d'encre rouge" !











dimanche 28 février 2010

PAPIERS BAVARDS : CHALLENGE "JE LIS AUSSI DES ALBUMS"

Quelle chouette idée !
SOPHIE a lancé un challenge


JE LIS AUSSI DES ALBUMS
Trois niveaux de "difficulté"

  • LE BABY CHALLENGE (vous vous engagez à lire et chroniquer 2 albums)
  • LE PETIT CHALLENGE (vous vous engagez à lire et chroniquer 11 albums)
  • LE BIG CHALLENGE (vous vous engagez à lire et chroniquer 24 albums)

Et vous avez jusqu'au 31 décembre 2010 pour remplir votre contrat ! Pour ma part, j'ai choisi le BIG CHALLENGE.
Rendez-vous chez HÉRISSON08 (c'est Sophie) pour en savoir davantage !

DIMANCHE EN POÉSIE : ODILE - Jean Cocteau

ODILE

Odile rêve au bord de l'île,
Lorsqu'un crocodile surgit;
Odile a peur du crocodile
Et lui évitant un "ci-gît",
Le crocodile croque Odile.

Caï raconte ce roman,
Mais sans doute Caï l'invente,
Odile alors serait vivante
Et, dans ce cas, Caï ment.

Un autre ami d'Odile, Alligue,
Pour faire croire à cette mort,
Se démène, paye et intrigue,
D'aucuns disent qu'Alligue a tort.




  
 VU PAR MODIGLIANI

Né à Maisons-Laffitte, le 5 juillet 1889.

Issu d’une famille de la grande bourgeoisie parisienne, Jean Cocteau fit ses études au lycée Condorcet à Paris. Il était âgé de neuf ans lorsque son père se suicida.

Esprit artiste, esthète au tempérament de dandy, il publia ses premiers poèmes dès 1909 et devint une des figures à la mode du Tout-Paris et des salons que fréquentaient les Daudet, la comtesse de Noailles, Marcel Proust. En 1913, la création par Diaghilev du Sacre du Printemps de Stravinski fut pour lui une véritable révélation, qui devait influencer l’ensemble de son œuvre protéiforme.

Engagé comme ambulancier pendant la Première Guerre mondiale, il se lia d’amitié avec Apollinaire.

L’entre-deux-guerres devait être pour Jean Cocteau, au faîte de sa gloire, une période d’intense créativité, placée sous le signe de l’avant-garde. Il collabora avec des musiciens tels Érik Satie (Parade, 1917) et Darius Milhaud, comme avec des peintres célèbres.

Il témoigna dans son écriture d’une égale curiosité, s’essayant à la poésie d’inspiration futuriste, dadaïste ou cubiste : Le Cap de Bonne Espérance (1919), au roman poétique : Le Potomac (1919), Thomas l’imposteur (1923), Les Enfants terribles (1929).

Il occupa également une grand place dans le théâtre, avec Les Mariés de la tour Eiffel (1924), La Voix humaine (1930), La Machine infernale (1934), Les Parents terribles (1938), Les Monstres sacrés (1940), La Machine à écrire (1941), L’Aigle à deux têtes (1946), Bacchus (1952).

Enfin, le cinéma devait à son tour attirer Jean Cocteau, qui donna au septième art des films et des scénarios marquants, parmi lesquels on citera Le Sang d’un poète (1930), L’Éternel retour (1943), La Belle et la Bête (1945), Les Parents terribles (1949), Orphée (1950), Le Testament d’Orphée (1960).

Il convient d’ajouter encore à la palette variée de ses talents celui de dessinateur et de peintre. On lui doit, outre des albums, la décoration des chapelles de Villefranche-sur-Mer et Milly-la-Forêt.
Génial « touche-à-tout », passé maître dans l’art du sortilège, ce créateur que son originalité empêche d’enfermer dans telle ou telle mouvance littéraire ou artistique ne se voua qu’à un seul maître : l’étonnement — le sien comme celui des autres.

Jean Cocteau fut élu à l’Académie française le 3 mars 1955 au fauteuil de Jérôme Tharaud, par 17 voix contre 11 à Jérôme Carcopino. Se présentait également un inconnu, le vicomte de Venel, qui rédigeait en vers de mirliton ses lettres de candidatures, renouvelées plus de trente fois.

Reçu le 20 octobre 1955 par André Maurois, Cocteau décrivait la Coupole comme « quelque grotte sous-marine, une lumière quasi surnaturelle d’aquarium et sur des gradins en demi-cercle, quarante sirènes à queues vertes et à voix mélodieuses ».

Mort le 11 octobre 1963.

samedi 27 février 2010

POURQUOI J'AI MANGÉ MON PÈRE - Roy Lewis

Nous sommes, tous, les enfants d'Ernest...

Nous sommes, tous, les petits-enfants d'Édouard.

Édouard, c'est justement lui qui a été mangé par Ernest, qui explique : "Telle fut la fin de père en tant que chair. Et c'était celle qu'il eût désirée : être occis par une arme vraiment moderne et mangé d'une façon vraiment civilisée".

Bienvenue dans la famille "pithécanthrope" ! Le père, Édouard, le chef de famille, est convaincu que "la nature est du côté de l'espèce qui possède sur les autres une avance technologique". Il va ainsi consacrer toute son énergie, son intelligence et sa créativité au développement du progrès au sein de sa horde. Rien ne le rebute ! Il va faire passer sa famille du rang de l'Homo erectus à celui d'Homo faber Sapiens, à coup d'inventions géniales - même si certaines s'avèrent sources de grandes catastrophes -, à coup d'adaptations continuelles au milieu hostile qui les entoure. Il ne suffit pas de faire naître le feu, il faut aussi le conserver, il faut aussi lui donner sens ! Le feu sert à se réchauffer, certes ; mais que peuvent faire quelques braises incandescentes contre une troupe de prédateurs qui décime la horde ? Quand il aura réussi à dompter le feu, Édouard pourra l'utiliser à des fins bien plus scientifiques et progressistes ! Il sera d'ailleurs accompagné dans ses recherches par sa femme Mathilde qui invente l'art de cuisiner, grâce au feu !

Mais il n'y a pas que le feu pour attiser (c'est bien le cas de le dire) la curiosité intellectuelle d'Édouard ! Il faut passer du régime herbivore au régime omnivore (avec sa composante carnivore, bien évidemment !). Et ce n'est pas une mince affaire ! Il faut acquérir la station bipède, il faut inventer l'art, il faut domestiquer les animaux, et il faut devenir exogame.

Mais Édouard n'est pas le seul à tester l'immensité des découvertes potentielles (il dit sans cesse : "Les possibilités sont prodigieuses"). Outre Mathilde, sa femme, il emmène avec lui dans les confins de ses inventions, Ernest - son narrateur de fils -, Alexandre, Tobbie, Oswald, William... et quand l'amour sera venu au monde, Griselda, la femme d'Ernest. Chacune et chacun apporteront leurs pierres (leurs silex, dois-je dire !) à l'édifice de l'innovation. Et ce, malgré ce ronchon, ce grognon, ce réactionnaire d'Oncle Vania qui s'insurge contre chaque trouvaille, sous prétexte qu'il ne faut "pas bousculer la nature".

L'ensemble de ce roman est désopilant. Théodore Monod l'a reconnu comme "le livre le plus drôle de toutes ces années, mais aussi le plus documenté sur l'homme à ses origines".
Il a été publié en 1960... cinquante ans plus tard, les allusions peu équivoques qu'on y trouve sur le réchauffement climatique, le conflit Israélo-palestinien, le nucléaire, le racisme, sont toujours d'actualité ! Une œuvre qui n'a pas pris une ride !!!

Et si vous tenez à savoir pourquoi Ernest a mangé Édouard... écrivez-moi, je vous prête le livre, ou achetez-le, ou empruntez-le, ou volez-le, que sais-je, mais lisez-le !